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Derniers jours au Temple

La Nation Française l’accusa d’être la cause de tous ses maux…  On lui annonça qu’elle était responsable de la ruine du pays et l’on porta des accusations contre elle, sûrement toutes aussi fausses que celles qui avaient fait périr son auguste époux sur l’échafaud…

Elle s’attendait donc à une fin aussi malheureuse et aussi ignominieuse que celle du Roi, mais elle y était enfin décidée car ce n’était pas la mort qui l’effrayait, c’était la vie de ses enfants qui l’inquiétait ; peut-être le même sort les attendait…

Tout était dit ! Marie-Antoinette avait compris où voulait  en venir la « République ».

Nous commencerons donc ce retour au passé par le 30 juillet 1793, quand tout fut pratiquement joué. On allait bientôt  transférer la Reine à la Conciergerie, pour, enfin, la condamner au trépas…

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 Le Temple

On ne peut ignorer combien le temps lui durait dans cette chambre de la Tour du Temple où elle était enfermée avec sa fille, la petite Madame Royale, « Mousseline » pour les intimes et sa belle-sœur Elisabeth.

En dépit de leur présence, depuis le départ du Dauphin, elle se sentait si seule face à son destin… Pauvre enfant, il n’avait que 8 ans, le petit Duc de Normandie !

Depuis l’exécution de son auguste époux, elle n’avait jamais consenti à descendre dans le jardin. Elle ne prenait l’air qu’au sommet de la tour, sur la plate-forme. Cette plate-forme était coupée en deux parties par des cloisons en bois truffées de fentes. A travers ces dernières, Elle pouvait apercevoir son enfant, mais seulement par hasard, à condition que les deux promenades se fissent en même temps.

Ce hasard, elle l’attendait fiévreusement. Son cœur battait si fort, dans l’angoisse de cette attente, que sa poitrine en était comme brisée.

 

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Apercevoir Louis Charles était la chose au monde qu’elle désirait le plus. Les yeux clos, l’oreille collée sur la cloison de planches, elle frissonnait à chaque mouvement, à chaque bruit de pas. Etait-ce lui ? se disait-elle : Non, ce n’était pas son enfant mais quelque municipal ou quelque employé faisant sa ronde, et anéantie, elle retombait dans l’abîme du désespoir.

Depuis quelques jours son fils n’apparaissait plus sur la plate-forme, cependant elle ne se décourageait pas. Elle remontait chaque jour sur cette dernière, anxieuse, attendant sans cesse.

Mais un jour, enfin, pendant qu’elle regardait à travers la fente de la cloison, le Dauphin passa devant elle. Elle le vit sans qu’il se doutât qu’il était près d’elle. Elle le vit, sans pouvoir crier : je suis là ! Elle le vit, pâle et maladif. Il portait sur sa charmante petite tête le hideux bonnet phrygien, sur son visage la trace de la souffrance et de la persécution. Elle le vit tourmenté par Simon, qui, de mauvaise humeur parce qu’il venait d’apprendre la prise de Valenciennes par le Duc d’York, jurait et blasphémait, en faisant retomber sa colère sur le cher enfant. Que ne fut-il mort lui aussi ! Plutôt que le revoir vivant d’une vie pire que la mort, le revoir flétri, dégradé, livré à des misérables qui maltraitaient son corps, qui auraient voulu tuer son âme, le revoir dans cette atmosphère d’impiétés, de blasphèmes, le jouet, la proie d’un tel démon ! Ce Simon !

Dans ses rêves les plus funèbres, dans ses pressentiments les plus funestes, elle n’aurait jamais pu concevoir cela… Oh ! Voilà le comble de la douleur !

Marie-Antoinette le voyait, ce fils bien-aimé, elle le voyait et elle ne pouvait se précipiter jusqu’à lui, le serrer contre son cœur, le couvrir de larmes et de baisers. Elle le voyait et elle ne pouvait lui parler et peut-être, ne pourrait-elle plus jamais lui parler. Jamais son enfant n’entendrait plus les accents de sa voix, la voix de sa protectrice, de sa mère. Une mère qui le consolait quand il était malade, quand il souffrait, quand il pleurait. Le revoir ainsi, dans un pareil état d’humiliation et de misère ! Ne pouvoir le défendre contre ces monstres, l’arracher à ses tigres, à ces corrupteurs, à ces infâmes !

Sur cette plate-forme de la Tour du Temple, à cet instant si désiré et si cruel où elle aperçut son fils, elle fléchit, elle éclata en sanglots avant de redescendre, brisée, désespérée, dans sa chambre de captive. Elle regarda  la place où se trouvait autrefois le lit de son enfant, l’endroit où elle lui donnait des leçons, où elle lui faisait faire sa prière. Tous ces souvenirs envahissaient son âme et elle se demanda ce qu’elle avait fait pour que la Providence l’accablât sous l’insupportable fardeau d’une telle désolation !

Ses pressentiments ne la trompaient pas. Elle savait bien qu’il souffrait. Il serait malheureux à cent lieues d’elle que son cœur le lui dirait.

Depuis deux jours, Marie-Antoinette souffrait, elle s’agitait, elle tremblait ; C’est que les larmes que son pauvre enfant répandait loin d’elle, elle les sentait tomber sur son cœur. Elle n’avait plus de goût à rien ; Dieu s’était retiré d’elle ; elle n’osait plus prier…

Il lui restait encore, lui diriez-vous, sa fille et son incomparable belle-sœur. Mais pour combien de temps encore ? Elle l’ignorait…

 

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Mme Elisabeth, sœur du Roi (à gauche)

Mme Royale, fille de Marie-Antoinette et de Louis XVI, (à droite).

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